A quoi ça sert, un graphiste web ?…

Ce métier, qui n’a toujours pas de cursus scolaire validé par l’Etat, est plutôt méconnu des DRH & décideurs. Communément, un « graphiste web » est la personne qui va passer une couche de « joli » sur le travail gris et carré des techniciens, ou qui va choisir une typo 24px rouge bold pour mettre en valeur l’offre promo du marketing. Ces deux fonctions différentes correspondent aux deux types d’interlocuteurs avec lesquels le graphiste web est amené à travailler. Concrètement donc, de quelles aptitudes a-t’il réellement besoin, lorsqu’il ne travaille pas en team créatif d’agence ou en freelance ?

Lorsque le graphiste web est amené à travailler au sein d’une équipe technique

Ca parait être une évidence, mais rappelons-le tout de même : il lui faudra alors une bonne dose de geekerie. Au hasard, une affinité avec des IF, ELSE et autres gadgets technos. Avoir un minimum de culture programmation est indispensable pour communiquer avec son équipe. En revanche, le métier ne peut pas demander d’aller en profondeur dans la programmation et de sortir des lignes de code from scratch. Mais déjà de comprendre les contraintes techniques, et au besoin d’effectuer des modifications mineures. Produire du code, non, l’adapter à son besoin, oui.

Et bien qu’assez libre dans ses créations, il devra justifier de ses choix graphiques d’un point de vue au moins fonctionnel : utiliser une même couleur par type d’action, une même typo par niveau de lecture… Bref, penser ou adapter une charte.

Etre pointu dans son domaine et travailler avec des gens qui font un métier différent demande une faculté de vulgarisation qui ne peut s’acquérir qu’en comprenant très bien soi-même ce qu’on fait. Même les jeux vidéo peuvent aider : le gameplay d’un jeu est comparable à l’interactivité d’un site. Parler aux techniciens en comparant la composition des harmonies et les typos à du level design est parfois plus payant que de les intéresser à Kandinsky.

Ce graphiste-là va devenir, par sa position, l’ergonome de service, l’interaction designer, le W3C validator, et la demande du marché ne fait que le pousser dans ce sens. Le bon compromis entre technique et graphisme semble être dans la conception centrée utilisateur, qui permet à tous de comprendre que l’intérêt d’un site réside dans sa facilité d’utilisation.

Ses livrables :

  • des maquettes graphiques et fonctionnelles, en PNG Fireworks ou PSD
  • des chartes graphiques et fonctionnelles
  • des pages intégrées en HTML + CSS2, comprenant les contraintes des développeurs sur de l’AJAX ou du PHP
  • des images (icônes, boutons, illustrations), bien sûr

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Lorsque le graphiste web collabore avec l’équipe marketing

Les aptitudes sont alors un peu différentes car les échanges sont moins basés sur la qualité technique des livrables, et plutôt sur le choix de communication sur le produit. L’intervention du marketing se fait plus en amont, sur la conception même des créas.

Les qualités de ce graphiste-là sont donc humaines avant tout : il doit avoir une facilité à lâcher prise sur sa créa pour devenir parfois l’exécutant du chef de projet, et se soumettre à sa vision de la création. Bien sûr, dans les faits, les discussions et argumentations se font dans les deux sens. Dans l’idéal, chacun est respecté pour son expertise dans son domaine. Mais lorsque le temps manque, malheureusement, le graphiste devra laisser son ego au vestiaire et appliquer une « recette » toute faite. Dans la catégorie « les soupes 3 minutes du graphiste 2007 », on notera quelques ingrédients, tels que la composition en 16/9, les dégradés à outrance, l’effet glossy…
De nombreux tutoriels sont même apparus pour nous apprendre à réaliser le bouton-type, aux bords arrondis, avec un croisement de dégradés.

Cette panoplie des tendances du parfait petit site web à la mode se trouve sur les sites collaboratifs en tapant simplement comme mot-clé « web 2.0 ». De nombreuses collections de logos ont été publiées, qu’elles soient parodiques (http://www.flickr.com/search/?q=yay2dot0logoparody / http://youtube.com/watch?v=13NKt4gFPdk ) ou plus objectives. On constate vite le problème : on n’a pas réellement besoin de créativité pour le reproduire. Ni de graphiste, donc. D’autre part, à force d’être repiqué à toutes les sauces, il ne reflète plus aucune identité visuelle de marque, à part peut-être celle d’Apple qui a lancé cette tendance en 2000. Déjà 8 ans que l’on copie à outrance l’identité de la firme de Steve !

Mais revenons à notre graphiste marketing. Le point commun avec son collègue en équipe technique est d’avoir une expertise de plus en plus poussée, cette fois pour faire valoir et justifier ses choix graphiques. Il lui faudra démontrer que ces prises de position colorées ne sont pas des goûts personnels ou subjectifs, mais reposent sur des bases solides qu’il a pu apprendre en formation ou sur le terrain. Un bouton rouge clique plus qu’un bouton jaune, et le taux de transformation est meilleur ? Voilà un argument qui parle au chef de projet marketing.

Enfin, son pouvoir de conviction se situera dans sa force de proposition. Plus il proposera de pistes différentes, d’autres visions du projet qui s’inscrivent dans la stratégie et répondent au brief, plus il a de chances de convaincre que son axe créatif est celui qui s’impose, au regard des autres pistes.
Etre force de proposition, c’est avoir compris que les décisionnels ont besoin de voir des propositions concrètes pour choisir.

Ses livrables :

  • des logos
  • des mini-sites
  • des animations Flash
  • des kits mailing
  • des jeux de bannières

Alors, de quel webdesigner avez-vous besoin ?

Même si Internet (et sa pléthore d’offres d’emploi) demande de plus en plus de qualifications techniques, il est nécessaire de faire la part des choses : un graphiste web doit avoir des affinités techniques ou marketing, mais ses compétences sont distinctes, et il ne peut pas être à la fois spécialiste de l’image et codeur émérite. Etre graphiste web, en soi, est déjà un métier spécialisé qui nécessite une connaissance pointue des typographies, couleurs, usages et compositions d’Internet.

Cependant, cette fusion des profils constitue peut-être une tendance, déclenchée lorsque les anciens ados de Skyblog ou Myspace ont commencé à construire leur site perso et devenir propriétaires de leur plateforme. Leur culture du collaboratif, associée à une connaissance profonde, quasi-instinctive, des contraintes techniques et de l’identité visuelle d’une entreprise, est très fortement valorisée par les marques. En savoir plus :
http://www.buzz-marketing.fr/categorie.php?cat=influenceurs
http://www.lesechos.fr/info/metiers/4512242.htm

Pour statuer sur le graphiste : bien sûr, cet article est une vision intentionnellement exagérée de la segmentation technique/marketing. Le but d’un graphiste, web ou print, est de répondre à un besoin visuel exprimé. Donc de s’adapter en permanence aux besoins du demandeur, quel qu’il soit, en sachant aussi faire valoir ses choix.